Axe 1. Système, normes, usages : rôle des corpus
Responsables : Martine Dalmas

Le fait langagier peut être abordé sous différents angles : en termes de structure fonctionnelle (système), par rapport à la/aux normes et/ou au regard des manifestations discursives (usages). Chacune de ces trois perspectives vient enrichir la compréhension du fonctionnement des langues et met au jour des phénomènes et particularités propres à l’une ou l’autre, à tel ou tel genre textuel, contexte d’usage, etc.
La constitution et mise à disposition de grands corpus, y compris celle de corpus parallèles et de corpus alignés, a largement contribué à réaffirmer, renouveler, et même révolutionner la discipline en bouleversant notamment l’appréhension des notions de système et de norme : ce que l’on considérait un peu vite comme « normal » s’est parfois révélé être « normatif » et ce que l’on pensait « marginal » est apparu comme « courant ». Ce recentrage du regard des linguistes sur l’usage à travers l’observation de productions authentiques a souligné le rôle de l’« évidence » et a induit un tournant dans la description des langues, qui s’est notamment répercuté sur la configuration des grammaires.

Qu’il s’agisse de corpus écrits ou oraux, de grands corpus académiques/nationaux ou de corpus constitués par les chercheur·e·s eux/elles-mêmes (pour des besoins spécifiques) et de moindre ampleur, les chercheur·e·s rattaché·e·s à l’axe 1 ont pour point commun de mettre cet « échantillon de langue », forcément incomplet et imparfait mais bien réel, au cœur de leur réflexion linguistique, que ce soit aux fins de mise à l’épreuve d’hypothèses préconçues (corpus d’illustration et de vérification) ou selon une méthode inductive (recherches corpus-driven).

L’accès à de grands corpus bénéficie de la création de liens privilégiés avec des universités ou institutions, tel l’Institut für Deutsche Sprache de Mannheim (Deutsches Referenzkorpus – DeReKo). Les recherches en lien avec l’axe 1 concernent différents aspects du discours : structure informationnelle, collocations et autres associations lexicales usuelles, étude des formes de réalisation de certaines fonctions (prédication, modalité, reprise pronominale, etc.). Toutes ont en ligne de mire la description des langues, en termes de système, norme(s) ou usages, au moyen d’une réflexion linguistique appuyée sur des productions réelles. Ces recherches, qualitatives et/ou quantitatives, s’inscrivent dans des domaines variés : sémantique lexicale (cooccurrences, figement/stabilité), syntaxe (linéarisation, anaphore), sociolinguistique, analyse du discours, didactique des langues, analyse conversationnelle. La problématique centrale de l’axe, soit la question du lien entre théorie et empirie, invite enfin aux réflexions méthodologiques et/ou épistémologiques.

Au-delà de l’analyse des usages, autant sur le plan morphosyntaxique que sur celui des pratiques discursives, la richesse des langues représentées au CeLiSo permet un questionnement permanent des notions de l’axe : convergences et divergences entre les systèmes et normes des langues germaniques, nordiques et slaves, langue à standardisation polycentrique (BCMS bosniaque-croate-monténégrin-serbe), etc.

Les types de discours sur lesquelles portent les recherches des membres de l’axe sont très divers : discours parlementaire, administratif, spectaculaire, journalistique, politique, etc. La variété permet de diversifier la recherche en contribuant à l’étude d’un aspect bien précis d’un discours donné, en explorant des discours moins étudiés et, plus globalement, en élargissant le nombre d’études menées sur corpus. Elle permet aussi de confronter entre eux les phénomènes particuliers à l’un ou l’autre discours. Des rencontres, permettant une transversalité inter-axes, sont organisées au sein du Club Corpus autour de problématiques techniques en lien avec les corpus (annotation, outils de gestion, logiciels,…) et la méthodologie scientifique.